Un cactus qui noircit à la base, ramollit, se couvre de taches ou dépérit sans raison apparente inquiète souvent son propriétaire, d’autant plus que la réputation de robustesse de ces plantes rend les problèmes sanitaires d’autant plus surprenants. En réalité, les cactus sont exposés à un éventail de maladies fongiques, bactériennes et parasitaires qui peuvent progresser rapidement si elles ne sont pas détectées à temps. La clé est de savoir lire les symptômes avant qu’ils ne deviennent irréversibles.
La pourriture des racines et du collet : la maladie la plus fréquente
C’est sans conteste le problème le plus courant chez les cactus cultivés en pot. Il se manifeste par un ramollissement de la base de la plante, un flétrissement général malgré des arrosages réguliers, et une décoloration brunâtre ou noirâtre au niveau du collet (la zone de transition entre la tige et les racines). En appuyant légèrement à la base avec le doigt, les tissus s’enfoncent : la pourriture est déjà installée.
La cause principale est l’excès d’eau combiné à un substrat insuffisamment drainant. Les champignons du sol (Pythium, Phytophthora, Rhizoctonia) colonisent les racines asphyxiées et progressent rapidement vers le haut de la plante. Une fois que la pourriture a atteint le cœur de la tige, la plante est condamnée si on n’intervient pas.
La démarche de sauvetage commence par sortir le cactus de son pot, couper toutes les racines atteintes avec un outil désinfecté à l’alcool, puis supprimer la zone de tige touchée jusqu’à atteindre un tissu sain, vert et ferme. Saupoudrez les plaies de charbon de bois en poudre ou de soufre horticole, puis laissez la plante sécher à l’air libre plusieurs jours avant de la rempoter dans un substrat neuf, bien drainant, sans l’arroser pendant deux semaines.

La pourriture molle bactérienne
Elle se distingue de la pourriture fongique par sa progression fulgurante et son odeur nauséabonde caractéristique, due à la décomposition rapide des tissus par des bactéries (principalement Erwinia). En quelques jours, une zone translucide et gorgée d’eau peut envahir toute la tige. La plante s’effondre littéralement sur elle-même.
Ce type d’infection survient souvent à la suite d’une blessure mal cicatrisée, d’un choc mécanique ou d’une période de chaleur humide prolongée. Les cactus en serre peu ventilée ou exposés à la pluie en été sont les plus vulnérables.
Il n’existe pas de traitement curatif efficace contre les bactéries une fois l’infection établie dans les tissus. La seule option est l’amputation radicale de toutes les parties molles, bien en dessous de la zone visible, jusqu’à l’obtention d’une coupe nette dans un tissu sain. Si la plante est encore suffisamment haute, la partie saine peut être bouturée après cicatrisation complète. Isolez impérativement le spécimen malade des autres plantes pour éviter la contamination par contact ou par les arrosages.

Les maladies fongiques foliaires
La rouille
La rouille est une maladie cryptogamique causée par des champignons de l’ordre des Uredinales. Elle se manifeste par de petites taches orangées ou couleur rouille à bords plus clairs, qui progressent lentement sur l’épiderme sans ramollissement des tissus. Elle est plus fréquente sur les cactus de plein air, notamment en automne lors des périodes fraîches et humides.
Le traitement repose sur l’élimination des parties atteintes et un traitement fongicide à base de myclobutanil ou de propiconazole. En prévention, la bouillie bordelaise appliquée en fin d’été limite l’installation des spores.
L’anthracnose
Causée par le champignon Colletotrichum gloeosporioides, l’anthracnose se développe principalement sur les cactus de plein air par temps frais et humide. Elle débute sur les parties basses de la plante par une pourriture brune claire, puis des pustules noires entourées d’un liseré rosé apparaissent. L’infection remonte progressivement vers le sommet si rien n’est fait.
Le traitement consiste à amputer les parties atteintes, à désinfecter les plaies et à traiter avec un fongicide adapté. L’amélioration de l’aération et la protection contre les pluies prolongées limitent le risque de récidive.
La pourriture grise (botrytis)
Le champignon Botrytis cinerea est l’agent responsable de cette maladie qui se reconnaît à un feutrage grisâtre duveteux recouvrant progressivement les zones atteintes, après l’apparition de taches brunes molles. Elle se développe préférentiellement dans les espaces confinés et mal ventilés, notamment en hiver dans les serres froides.
L’aération est le premier levier de traitement. Retirez les parties atteintes, améliorez la circulation de l’air autour des plantes et traitez avec un fongicide à base de thirame ou de captan. Les plantes récemment blessées (taille, rempotage, choc) sont particulièrement vulnérables en période froide.
Les parasites : cochenilles, acariens et autres ravageurs
Les cochenilles farineuses
Ce sont les parasites les plus répandus sur les cactus d’intérieur. Elles se cachent dans les replis entre les côtes, à la base des épines et sous le substrat, où elles forment des amas cotonneux blancs caractéristiques. En suçant la sève, elles affaiblissent progressivement la plante, ralentissent sa croissance et favorisent l’installation de la fumagine, un champignon noir qui se développe sur le miellat qu’elles excrètent.
Pour les infestations légères, un coton imbibé d’alcool à 70° appliqué directement sur chaque amas suffit. Pour des infestations plus importantes, traitez avec de l’huile de neem diluée (5 à 10 ml par litre d’eau) en pulvérisation sur toute la plante, y compris sous les épines. Répétez tous les huit jours pendant trois semaines. Les cochenilles à carapace brune, moins visibles, sont traitées de la même façon mais nécessitent un contact direct avec le produit sous leur bouclier protecteur.
Les tétranyques (araignées rouges)
En conditions chaudes et sèches, les tétranyques colonisent les cactus et provoquent des taches blanchâtres ou argentées en surface, dues à la destruction des cellules épidermiques lors de leur alimentation. Un examen attentif révèle des toiles très fines sous les épines et de minuscules points rouges ou jaunâtres mobiles à la loupe.
Augmentez l’humidité ambiante autour de la plante (les tétranyques détestent l’humidité), retirez les individus visibles avec un pinceau doux humide, puis traitez avec un acaricide ou de l’huile de neem. En cas d’infestation sévère, isolez la plante immédiatement.
Les pucerons
Moins fréquents sur les cactus que sur d’autres plantes, les pucerons peuvent néanmoins s’installer sur les jeunes pousses et les inflorescences. Ils sont facilement visibles à l’œil nu et se traitent par un simple jet d’eau ou une pulvérisation de savon noir dilué (deux cuillères à soupe pour un litre d’eau).

Les désordres physiologiques à ne pas confondre avec des maladies
Une part importante des symptômes observés sur les cactus n’est pas d’origine infectieuse mais résulte de conditions culturales inadaptées. Un diagnostic précis évite de traiter chimiquement une plante qui n’en a pas besoin.
La lignification, ou boisement de la base, est un processus naturel par lequel la partie inférieure d’un cactus âgé devient brune et ligneuse. Ce n’est pas une maladie : c’est un signe de maturité, tout comme les écorces grises des arbres.
Les brûlures solaires se manifestent par des taches blanches ou beiges à aspect parchemin sur le côté exposé de la plante, apparaissant après un déplacement brutal en plein soleil. Les tissus sont détruits de façon irréversible, mais la plante survit. Toute acclimatation au soleil direct doit être progressive sur trois à quatre semaines.
Les dégâts de gel présentent un aspect translucide et vitreux des tissus, qui s’affaissent rapidement. Une pourriture fongique secondaire s’installe souvent dans les zones gelées. Retirez les zones atteintes et placez la plante à l’abri immédiatement.