Vous avez peut-être déjà croisé, au détour d’une promenade ou dans votre jardin, une étrange petite mousse blanche sur une tige ou une feuille. On dirait un peu de la bave… et pourtant, il ne s’agit pas d’un champignon ni d’un produit chimique. Cette mousse cache un insecte bien réel : la cicadelle écumeuse, aussi appelée « crachat de coucou ». Discrète mais très présente au printemps et en été, cette petite bête intrigue, voire inquiète ceux qui la découvrent. Est-elle dangereuse pour les plantes ? Comment se développe-t-elle ?
Qu’est-ce que la cicadelle écumeuse ?
La cicadelle écumeuse (nom scientifique : Philaenus spumarius) est un petit insecte sauteur, de la famille des Aphrophoridae. Elle mesure entre 5 et 7 mm à l’âge adulte et présente une coloration très variable : beige, brune, noire, parfois tachetée. Cela la rend parfois difficile à identifier. Pourtant, elle est très facile à repérer au printemps, notamment grâce à la mousse blanche que produisent ses larves, un phénomène unique dans le monde des insectes.
Les larves, aussi appelées nymphes, vivent cachées dans cette écume qu’elles sécrètent elles-mêmes. Elle sert à la fois de protection contre les prédateurs et les conditions climatiques, et permet aussi de conserver l’humidité nécessaire à leur développement. Cette mousse, souvent visible sur les tiges tendres, peut parfois apparaître en masse sur certaines plantes, ce qui alerte les jardiniers.
À l’âge adulte, la cicadelle quitte cette mousse pour vivre à l’air libre. Elle est alors capable de voler ou de sauter rapidement d’une plante à l’autre. Elle se nourrit en piquant les tissus végétaux pour en extraire la sève.
Comment reconnaître la présence de la cicadelle écumeuse ?
Le signe le plus évident est sans doute la présence de petits amas mousseux, semblables à de la bave, collés sur les tiges ou au creux des feuilles. Cette écume est produite entre mai et juillet, période durant laquelle les larves sont les plus actives. On la retrouve surtout sur des plantes tendres comme le trèfle, les graminées ou les jeunes pousses d’arbustes. Si vous touchez cette mousse, vous verrez qu’elle est légère, collante, et qu’elle cache souvent une petite larve de couleur jaunâtre ou verte à l’intérieur.
Une fois adulte, la cicadelle devient plus mobile et se repère plus difficilement. On peut toutefois l’observer en été, posée sur des feuilles, prête à sauter dès qu’on l’approche. Elle ne vole pas très loin, mais elle est rapide. Contrairement aux pucerons ou à d’autres ravageurs, elle n’envahit pas massivement les plantes, ce qui la rend moins visible… mais pas forcément inoffensive.

Quel impact sur les plantes et les cultures ?
Une consommation de sève qui affaiblit les plantes
La cicadelle écumeuse se nourrit en piquant les tissus des plantes pour aspirer la sève. Cette action, répétée à de nombreux endroits, peut affaiblir la plante si la population est importante. On observe alors un ralentissement de la croissance, un flétrissement partiel ou un dessèchement prématuré des feuilles. Cela reste cependant rare dans un jardin particulier, où les cicadelles ne sont pas présentes en trop grand nombre.
Un vecteur potentiel de maladies végétales
Depuis quelques années, la cicadelle écumeuse attire l’attention des chercheurs car elle est considérée comme un vecteur potentiel de la bactérie Xylella fastidiosa, un agent pathogène très préoccupant pour certaines cultures, notamment l’olivier, la vigne et les agrumes. Cette bactérie, détectée dans plusieurs pays d’Europe, peut provoquer le dessèchement brutal des plantes touchées.
Même si le risque reste limité dans les jardins familiaux, il est important de surveiller les cicadelles si vous cultivez des espèces sensibles. Leur présence seule ne signifie pas qu’il y a un danger, mais leur rôle de transporteur en fait un insecte à ne pas négliger.
Faut-il lutter contre la cicadelle écumeuse ?
Dans la majorité des cas, la cicadelle écumeuse est inoffensive. Les dégâts sont très limités et les plantes se développent normalement. Il n’est donc pas utile d’utiliser des insecticides ni de chercher à tout prix à éliminer les larves. Un simple jet d’eau permet de faire tomber l’écume et de déloger les jeunes insectes sans nuire aux plantes ni à l’environnement.
Pour les professionnels du monde agricole, notamment ceux qui cultivent des plantes sensibles à Xylella, la présence des cicadelles doit être surveillée de près. Des méthodes de piégeage, des suivis réguliers ou des traitements spécifiques peuvent être mis en place dans le cadre de plans sanitaires.
Dans tous les cas, il est conseillé d’éviter les traitements chimiques systématiques, qui peuvent déséquilibrer l’écosystème du jardin ou de la parcelle. La régulation naturelle par les oiseaux, les araignées ou certains insectes prédateurs reste une méthode efficace pour limiter leur développement.